Pensées d'un citoyen  

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Chômage(s) II

leneant | 31 mars, 2006 00:05 | (vu 1300 fois)

Suite aux réactions sur lemonde.fr à l'éditorial du 25/03/06 intitulé "Illisible", j'ai été tenté de recadrer les tenants et aboutissants du chômage.

Des réactions, j'ai le goût de la cacophonie ou beaucoup d'intervenants y vont de leurs sentiments plus ou moins raisonnés selon des approches plus ou moins personnelles PoliticoMacroMicroEconomiques (ouf, j'ai réussi à l'écrire). Mon intention dans ce billet n'est pas d'aborder le problème selon la politique, mais simplement d'approfondir ma réflexion sur les causes de la situation actuelle.

1. Approches de ce billet

Dans un précédent billet, j'ai déjà traité du chômage sous l'aspect dénombrement et chiffres annoncés. Et dans un autre, j'ai initié une réflexion personnelle sur un point remarquable : A l'opposé des Entreprises qui n'embauchent pas, les Entreprises, qui embauchent, réduisent le nombre de chômeurs et parcequ'elles ont embauché elles contribuent encore plus à l'aide sociale.

Cette, fois, je classe ce billet dans les essais car il tente de compléter la première réflexion, tout en essayant de recadrer le débat sur l'emploi et le chômage.

Le chômage peut être abordé et analysé selon différentes approches :

  1. Macroéconomique [1] ;
  2. Micro-économique [2] ;
  3. Sociale.

J'ai trouvé un document très intéressant du Centre d'Etude des Politiques Economiques de l'Université d'Evry [ref 1].

2. Les fondements du chômage

Le fondement du chômage est que l'activité des entreprises ne permet pas d'employer toutes les personnes aptes à travailler d'un pays. C'est à dire que la production industrielle ou de services ne nécessite pas un assez grand nombre de personnes par rapport à toutes celles pouvant travailler.

Cette évidence semble être obscurcie lorsque les boucs émissaires deviennent les capitalistes (avec la rémunération de leur capitaux), les idéaux politiques et les hommes. Le CPE, qui tend à alléger les procédures de licenciement pour favoriser, psychologiquement, les entrepreneurs à embaucher, ne résoudra pas le problème de fond qu'est cette évidence.

2.1 La vision macroéconomique

La première cause (qui me vient à l'esprit) de cette évidence est que la consommation des biens et services produits en France, ne permet pas la pleine embauche. C'est à dire que la consommations Française des produits et services Français [3] ainsi que la consommation étrangère des produits et services Français ne permettent pas aux entreprises d'employer toutes les personnes aptes à travailler.

D'autres causes existent comme l'inadéquation des qualifications avec les emplois proposés par les entreprises ; le déséquilibre entre les salaires désirés et ceux proposés qui tendrait à limiter l'emploi dans les entreprises ; la protection des salariés, qui associée à leur coût, freine l'investissement des entreprises dans la main d'oeuvre [4]...

Une analyse, purement micro-économique, au niveau de l'entreprise et des salariés apporte quelques éclairages supplémentaires sur le problème.

2.2 La vision micro-économique

Une entreprise commerciale à but lucratif adapte sa production et ses moyens de production à son activité. Si l'activité est assurée, même dans un environnement concurrentiel, l'emploi des salariés est assuré. Si l'activité est en croissance (augmentation), l'emploi sera aussi en augmentation lorsque cela devient nécessaire [5]. La diminution assurée ou temporaire du chômage dépend de la nature de la situation (conjoncturelle ou structurelle [4]).

Les contrats tels que les CDD [6], CNE [7] et CPE [8] sont adaptés aux situations conjoncturelles. Les CNE, CPE et les CDI [9] sont adaptés aux situations structurelles.

Le coût de l'emploi est aussi un frein. Par contre est-ce un frein à la diminution du chômage frictionnel, conjoncturel ou structurel ? Ce type de frein ne concerne pas le chômage frictionnel car celui-ci résulte d'une inadéquation entre les qualifications des chercheurs d'emplois par rapport aux besoins des entreprises (Si une entreprise à besoin d'un comptable, elle ne va pas embaucher un dessinateur).
Par contre, cela est un frein pour résorber le chômage conjoncturel car, jusqu'à un certain seuil, l'entreprise peut s'adapter en répartissant l'activité sur les salariés présents sans créer de nouveaux emplois propres à l'entreprise. Dans ce contexte, l'utilisation de la sous traitance est aussi une option. Pour des activités à faibles technicités ou à faibles criticités, le recours aux stages est aussi une option.

2.3 La vision sociale

La vision sociale est transverse aux deux autres visions. Elle peut être abordée du point de vue macroéconomique comme du point de vue micro-économique. Dans les deux cas, elle se décline sous la forme de coûts et de contraintes pour les entreprises.

Dans la vision sociale, nous pouvons aborder le problème du coût social des employés et du chômage. En effet, notre société impose bon nombre de contributions sociales aux entreprises. Ceci se décline en rigidité à l'adaptation de la masse salariale aux besoins de l'activité à cause du code du travail. Mais aussi en coût pour l'organisation (charges patronales non négligeables sur les salaires, ...).
Elle se décline aussi en terme de salaire minimum qui ne semble pas être adaptable comme le voudrait la théorie libérale des marchés [9] (voir le document de l'université d'EVRY et la théorie du salaire d'efficience de l'analyse néo-keynésienne p. 10 de [ref 1]).
La théorie du salaire d'efficience part du principe que les salaires sont rigides car déterminés non pas comme moyen d'équilibrage de l'offre et la demande d'emploi, mais par les agents eux mêmes qui en deçà d'un seuil ne sont plus efficaces [10]. Selon cette théorie, la délocalisation serait, entre autre, le résultat de la recherche d'un seuil du salaire d'efficience faible.

L'autre perception sociale du problème réside dans la dualité entre les salaires et la rémunération du capital des actionnaires. En effet, pourquoi une entreprise bénéficiaire ne convertirait-elle pas une part importante de ses bénéfices, dédiée à la rémunération du capital, en charges permettant une rémunération des salariés sous-employés dont elle n'aurait pas besoin pour son activité ?

3. Contres-mesures (La guerre contre le chômage !)

Les mesures pour lutter contre le chômage doivent être cohérentes vis à vis des différents types de chômages [4].

  1. Chômage frictionnel : L'orientation des jeunes ; Les formations initiales et post-initiales (durant la vie professionnelle). L'objectif étant d'avoir des personnes ayant des aptitudes avérées pour les secteurs recherchant des profils précis adaptés à leur activité ;
  2. Chômage conjoncturel : Faciliter et aider à la mobilité des emplois tout en préservant les personnes de la précarité (aspect social). Cette amélioration passe par une meilleure aptitude des salariés à changer d'emploi ;
  3. Chômage structurel : Avantager les entreprises et l'emploi en France ; Assurer des débouchés favorables aux entreprises de France dans le pays comme à l'étranger...

Pour le chômage frictionnel, l'intérêt d'une bonne orientation des études et le suivi de celles-ci au delà de la formation initiale (pré-emploi) est une base incontournable. Les mesures valables doivent assurer l'adéquation des formations par rapport aux besoins des entreprises et leur continuité dans le temps.

Pour le chômage conjoncturel, des outils existent. Les derniers en date concernent l'ajout de nouveaux contrats dans le code du travail censés faciliter, psychologiquement, l'embauche pour les petites entreprises et les jeunes (moins de 26 ans). Ceci en admettant que les cycles conjoncturels aient une période inférieure à deux ans. Sinon au-delà, il n'y aurait aucun effet sur le chômage conjoncturel. D'autres outils existent déjà comme les contrats à durée déterminée, les contrat de travail temporaire... Ces deux derniers types sont assez bien adaptés à cette problématique à condition que les cycles soient extrêmements courts (<= 18 mois pour les CDD). Mais il n'en reste pas moins, que pour faciliter la mobilité des emplois, seule la formation post-initiale permettrait à des personnes de passer efficacement d'un type d'emploi à un autre.

Pour le chômage structurel, il faut s'assurer de l'adéquation entre production et consommation des produits ou services crées par les Sociétés en France à long terme. Il faut que le tissu de production Français s'insère de manière harmonieuse [11], y compris avec l'internationalisation actuelle. C'est la spécialisation des pays dans leurs domaines d'excellence.
Mais pour des pays socialement développés comme le nôtre, ces domaines doivent impérativement être à forte valeur ajoutée pour compenser le coût social. De tels domaines sont forcément liés à une forte technicité. Ce qui pose le problème de la recherche et de la formation des actifs.

D'autres armes existent. Les principales armes connues pour lutter contre le chômage sont le protectionnisme et l'incitation à la consommation.
Aujourd'hui, sauf au niveau de l'Europe (et en conformité avec les règles de l'OMC [12]), les politiques protectionnistes ne sont pas possibles et peuvent être néfastes en fermant les débouchés extra nationnaux (par réaction) qui sont générateurs d'activité et d'emplois.
Avec la mondialisation des échanges, l'incitation à la consommation ne permet pas forcément de privilégier les entreprises Françaises [13].

Une autre arme existe pour lutter contre le chômage : réduire le coût social du salaire. Cette arme est impuissante pour lutter contre le chômage frictionnel. Elle permet de lutter contre les chômages conjoncturel et structurel. Mais, elle s'insère dans une logique de remise en cause sociale.

Peut être que d'autres voies mériteraient d'être étudiées qui remettraient en cause la structure même de l'approche actuelle du coût social. J'ai déjà présenté une première idée dans mon billet "Logique adaptative : Ajustement par les salaires". Est-elle réalisable ? Si elle l'est, elle est insuffisante pour résoudre définitivement le problème structurel du chômage, car elle ne cherche qu'à en modifier la répartition du financement.

4. Ma conclusion

Ma réflexion me montre que pour traiter les chômages (frictionnels, conjoncturels et structurels), il est nécessaire d'avoir un arsenal cohérent, mûrement réfléchit et surtout dont la synergie n'est pas nulle.

L'Etat lui même n'est pas omnipotent. C'est aussi à nous, citoyens, salariés, employeurs ...à être actifs dans cette lutte pour nous, nous aïeux qui sont à la retraite et nos enfants qui arriveront bientôt dans la vie active.

Nous ne pouvons pas laisser cette tâche aux seules lois et à l'état. Nous sommes tous concernés à titre individuel. Ce qui me fait penser à un ancien billet diffusé en décembre 2005 "Consommer : un acte politique ?".

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[1] Macroéconomie : "La macroéconomie est l'approche théorique qui étudie l'économie à travers les relations existant entre les grands agrégats économiques, le revenu, l'investissement, la consommation, le taux de chômage, l'inflation etc." (source wikipédia).

[2] Micro-économie : "La micro-économie est la branche de l'économie qui analyse le comportement économique au niveau d'entités individuelles telles qu'un consommateur ou une entreprise. Les consommateurs sont considérés comme des offreurs de travail et demandeurs de produits finis. Les firmes sont, quant à elles, des demandeuses de travail et des offreuses de produits finis et de consommations intermédiaires." (source wikipédia).

[3] S'entend par produits et services Français, tout service ou tout produit fournit ou crée par une société en France et pas forcément par une société Française.

[4] En économie, traditionnellement trois catégories de chômage sont distinguées (source Dictionnaire économique et social chez Hatier ISBN 2-218-05155-9) :

  1. Le chômage frictionnel qui est du à des insuffisance de mobilité de la main d'oeuvre ou à des décalages entre qualifications disponibles et la demandées ;
  2. Le chômage conjoncturel qui désigne un chômage lié aux mouvements courts de l'activité économique, et donc réversible ;
  3. Le chômage structurel qui désigne une situation où on ne peut durablement créer des emplois à la mesure de l'augmentation de l'offre (trop d'actifs pour le nombre d'emplois proposés).

[5] : Une main d'oeuvre donnée possède une certaine capacité de travail. Si l'activité ne nécessite pas que la capacité de travail augmente au delà des possibilités actuelles, il n'y a aucune raison pour que la firme crée de nouveaux emplois. Par contre arrivé à un certain seuil, il devient nécessaire de créer des postes afin d'adapter les capacités de l'entreprise à l'augmentation de son activité. Si l'augmentation de l'activité est conjoncturelle (temporaire) alors la création de poste sera conjoncturelle et donc réversible. Par contre si l'augmentation de l'activité est structurelle, alors la création de poste sera durable.

[6] CDD : Contrat à Durée Déterminée. Contrat pour une durée définie renouvelable une fois.

[7] CNE : Contrat Nouvelle Embauche. Contrat sans limitation de durée réservé aux entreprises de moins de 20 salariés. Durant les deux premières années, l'employeur peut rompre le contrat sans justification (Dossier wikipédia).

[8] CPE : Contrat Première Embauche. Contrat sans limitation de durée réservé aux jeunes de moins de 26 ans. Ce peut ne pas être le premier contrat du salarié tant qu'il a moins de 26 ans. Comme pour le CNE, durant les deux premières années, l'employeur peut rompre le contrat sans justification (Dossier wikipédia).

[9] Marché du travail : dans la théorie libérale du marche l'offre et la demande s'équilibrent au travers d'un prix. Pour le marché du travail, le prix correspond aux salaires et l'offre et la demande aux chercheurs d'emplois et aux postes proposés.

[10] La théorie de l'efficience du travail insiste sur le fait qu'une entreprise n'a pas intérêt à embaucher des salariés à un niveau de salaire trop faible ; car baisser les salaires sous le seuil d'efficience supprimerait le caractère incitatif de celui-ci et entraineraît une perte d'efficacité pour l'entreprise [ref 1] page 11. Ce critère ne tient pas compte des aspects tels que la considération, le respect et la reconnaissance des salariés qui sont autants d'éléments qui influencent, l'adhésion, l'intégration dans la firme et la motivation au travail des employés.

[11] S'entend par s'insérer de façon harmonieuse, le fait de produire ou de rendre des services pour lesquels la concurrence nous est favorable. c'est à dire que nos produits ou nos services trouvent des débouchés autant en France qu'à l'étranger. Que ces produits ou services soient préférés à leurs concurrents extra nationaux ou qu'il n'y ait pas d'autres équivalents de par le monde (C'est la spécialisation des pays).

[12] OMC : Organisation Mondiale du Commerce.

[13] L'exemple type de l'échec d'une relance par la consommation date de 1981 et de début 2006. En effet, en 81, la relance de la consommation à favoriser les importations à tel point qu'il fut nécessaire d'appliquer une politique de rigueur strict jusqu'à instaurer un contrôle des changes. Début 2006, la consommation Française était parmi les plus élevée d'Europe, mais portant sur des produits industriels non fabriqués en France provoqua un déficit important de la balance commerciale Française. De tels phénomènes ne favorisant pas la production ou les services rendus par des entreprises Françaises, n'amélioreront pas les chiffres du chômage.

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[ref. 1] : Centre d'Etude des Politiques Economiques de l'Université d'Evry intitulé "De l'équilibre de sous emploi au chômage d'équilibre : la recherche des fondements microéconomiques de la rigidité des salaires"

Commentaires

Comment Icon Un article lié à ce billet

leneant | 31/03/2006, 09:26

Trouvé sur lemonde.fr l'interview de M. COTIS chef économiste de l'OCDE intitulé :

M. Cotis : "Le système français de l'emploi est porteur de précarité"

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-756204@51-749452,0.html

Il y parle du chômage conjoncturel et du chômage structurel. Y est aussi abordé le thème du chômage frictionnel, mais sans le nommer.

Un article intéressant à mon avis.

Comment Icon Un autre

leneant | 31/03/2006, 14:31

Qui traite de l'aspect du chômage frictionnel.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-756614,0.html

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